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24 février 2010

Des horaires

Valérie Pécresse souhaiterait que nos bibliothèques universitaires élargissent leurs horaires d'ouverture. Bien entendu, le personnel des bibliothèques concernées, de (très) près ou (d'à peine) plus loin, s'inquiète. Et a du mal à ne pas être sur la défensive : les idéaux, ou idéologies, du gouvernement ne sont pas toujours partagés chez nous. D'autant que le "faire plus avec moins", c'est un challenge pendant cinq minutes, une corvée ensuite, et parfois carrément mission impossible.

Pourtant... Pourtant, il faut reconnaitre, les bibliothèques françaises ont des horaires bien plus restreints que chez certains de nos voisins. Le rapport IGB 2008 est sans appel : l'amplitude horaire est plus faible, et le nombre de jours de fermeture beaucoup, beaucoup plus élevé. 58 heures hebdomadaires 245 jours par an, contre 65 heures hebdomadaires 305 jours par an.

Alain s'interroge sur l'intérêt d'une amplitude horaire plus forte. Les statistiques de fréquentation de sa BU sont plus faibles quand il n'y a pas cours. Augmenteraient-elles avec si la bibliothèque fermait plus tard ? Pas sûr, en effet. En même temps, cherchons une analogie. Si on double la fréquence de passage d'un bus, on pourrait s'attendre à ce qu'il soit deux fois moins bondé. En même temps, il est assez probable que la ligne devienne plus attractive, si les usagers attendent deux fois moins. Et donc que les bus resteront bondés. Bon, d'accord, c'est pas scientifique, ni empirique, et on se doute bien que le nombre de voyageurs sera quand même limité à un moment. Mais il n'est pas impossible que des horaires accrus dans les bibliothèques leur attirent de nouveaux lecteurs.

Quand la bibliothèque de l'University College of London a demandé à ses usagers ce qu'elle pourrait apporter comme nouveau service, ils ont répondu (et obtenu) qu'elle ouvre 24h/24 les deux mois qui précèdent les examens (c'est le BBF qui le dit). Il ne serait pas stupide de demander à nos usagers français si une avancée dans ce domaine les intéresseraient. Voire même, soyons fous, aux usagers de chaque bibliothèque, et tant pis si toutes les BU ne font pas pareil, pas besoin de label.

Je sais, nous ne sommes pas un pays anglo-saxon, on a pas forcément cette culture du campus. J'ai grandi et étudié en région parisienne, et je ne sais pas si j'aurais apprécié quitter ma BU à 2h du mat, sans transports en commun. Ou même partir de chez moi ou de mon travail à 19h pour aller travailler en bibliothèque jusqu'à 22h, avec le temps de trajet en plus. Pourtant, certains aimeraient. À la BnF, les salles de lecture ferment à 20h. Et j'ai clairement le sentiment que la fréquentation des dernières heures d'ouverture est en hausse. Les places "après 16h", type de place spécifique, rencontrent un succès certain, et leur nombre a été augmenté dernièrement. Dans mon service nous réfléchissons à essayer d'augmenter le personnel pour la fermeture, en tout cas à certaines périodes de l'année. Il semble véritablement que les lecteurs aimeraient rester plus tard. À l'image de la société, d'ailleurs, puisque les magasins ferment de plus en plus tard.

Et puis il y a le public qui ne vient pas parce que ça ne vaut pas le coup avec nos horaires. L'étudiant qui bosse jusqu'à 17h rechigne à venir pour 3 heures moins le temps de trajet. Et comme les commerces, les bureaux, le reste du monde, en fait, ferment plus tard, et bien l'étudiant qui travaille est libre plus tard. Sans compter les lecteurs non-étudiants, qui ne sont certes pas le cœur de cible actuel des BU, mais restent des usagers potentiels. Les horaires des bibliothèques créent des publics empêchés.

Alors j'entends bien l'argument des moyens, et oui, je pense aussi que le service public à un coût qu'il faut accepter de payer. Et je comprends aussi que quitte à ouvrir, autant assurer des vrais services, et ne pas se contenter d'un effet d'annonce sans rien derrière faute de crédits. Et oui, ça n'est pas une ministre qui va nous apprendre notre boulot, à plus forte raison quand on a le sentiment étrange et pénétrant que nos instances dirigeantes ne nous respectent pas à la hauteur de nos qualités. Et puis finir plus tard, ce serait bien que ça se voit sur le bulletin de salaire. Mais je lis aussi en creux trois arguments moins glorieux, ou en tout cas à mes yeux dépassés. Pas chez Alain, bien sûr, mais sur d'autres blogs que j'avais parcourus sur un sujet similaire, et dans certaines proses syndicales.

Le premier, c'est qu'on ne va ouvrir que pour des jeunes oisifs qui vont traîner sur Facebook. Quand on lit ça sur le blog d'un veilleur acharné, twitteur convaincu, multi-abonné RSS, qui trouve qu'une bibliothèque digne de ce nom doit avoir sa page Facebook, on est surpris. Les étudiants sont des glandeurs, certes, mais dans ce cas revenons carrément sur la pertinence des accès internet en salles de lecture. Internet est indispensable dans les études, Google et Wikipédia sont indispensables aux étudiants, pour certains étudiants la bibliothèque est un accès privilégié à internet, voire le seul. C'est en réalité un argument sans rapport avec les horaires d'ouverture, qui questionne surtout la raison d'être d'une bibliothèque, lieu d'études, lieu de vie, ou juste lieu où on consulte des livres.

Le second, c'est qu'on ne va ouvrir que pour trois lecteurs. C'est effectivement un argument à entendre quand on est le payeur, parce que ça fait cher de l'usager. Mais si on accepte d'être du coté de l'usager, d'être son avocat, et de ne pas se positionner tout de suite comme le juge qui devra trancher, alors oui, ça en vaut le coût. S'ils sont trois et qu'ils en ont besoin, assurons leur ce service. Ça n'est pas parce que d'autres n'en ont pas besoin qu'on doit s'abstenir - c'est le principe même de service public.

Enfin, il reste un argument, rarement verbalisé, qui voudrait qu'une bibliothèque, ça se mérite. Si les lecteurs veulent venir, ils n'ont qu'à se plier à nos horaires. Surtout si ce sont des étudiants : il faut leur apprendre le respect des règles. À la BnF, bibliothèque prestigieuse et fière, c'est un argument qu'on devine parfois sans avoir besoin de trop gratter. Et je garde un souvenir ému de mon université qui refusait de communiquer les résultats aux examens autrement que par affichage sur place. Faut se déplacer, faites des efforts, que diable, génération de fainéants, et tant pis si c'est compliqué ou impossible. C'est le coté pète-sec et ringard des bibliothèques qui nous colle à la peau, et dont on cherche désespérément à se débarrasser en bloguant à tout va.

Bref, l'extension des horaires, je suis pour. Enfin, je suis pour, si les usagers le demandent. Et pour le savoir, il faut les interroger à ce sujet. C'est leurs demandes que l'on doit satisfaire, pas celles de notre ministre : ils seront encore là quand elle sera partie s'occuper d'autre chose. C'est sûr, faudra nous en donner les moyens, mais ne rêvons pas, on n'aura pas assez, c'est pas dans l'air du temps. Alors faudra se débrouiller. Service public, quoi.

Posté par akaReup à 01:49 - Les bibliothèques - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

    Bonjour

    et merci de ne pas me mêler aux "ringards" de service. Oui, je peux être pour des horaires plus importants. Pour reprendre un de vos arguments, une ligne de bus, même avec de nombreuses circulations, ne sera vraiment utilisée que si les usagers ont un intérêt à la prendre. Si à l'arrivée il n'y a rien, ou rien pour rentrer...
    L'argument du nombre ne tient pas, effectivement. D'une part parce que nous sommes là pour cela, d'autre part parce que si nous arrivons à en intéresser quelques-uns, pourquoi pas les autres?
    Et bien sûr que les étudiants le demandent. Enfin, certains..Alors? on les entend?

    Posté par Kantreadenn, 24 février 2010 à 09:06
  • Ah oui, moi aussi je suis pour, pour qu'on ouvre le RU ou la cafeteria après 15h, pour que les campus deviennent des lieux de vie, pour qu'il y ait des bus qui les desservent passés 20h, etc.
    Pour ce que dit ici JC Brochard http://bibliothequepublic.blogspot.com/2010/02/la-politique-douverture-suite.html
    et qui correspond très bien à la réalité observée dans les campus de certaines villes de province.
    Sur mon campus, situé hors centre-ville, avec rien à proximité si ce n'est un CHU, figurez-vous qu'il n'y a même pas de RU ou de cafet'. Eh oui, c'est aussi ça la réalité des BU et de l'extension des horaires d'ouverture.

    Posté par Stéphanie, 24 février 2010 à 14:12

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